MIXTAPE___

Audrey Boursier, Anna Charbonneau, Ophélie Demurger, Louise Masson, Eugénie Zély
Performance-Lecture, 30 minutes

LOUISE :

La féminisation des noms de métiers, de fonctions et des titres soulève diverses questions en raison du décalage que l’on observe entre les réalités sociales et leur traduction dans le langage, et les tentatives visant a la réduction de cet écart.
En ce début de XXIe siècle, tous les pays du monde, et en particulier la France et les autres pays entièrement ou en partie de langue française, connaissent une évolution rapide et générale de la place qu’occupent les femmes dans la société, de la carrière professionnelle qui s’ouvre a elles, des métiers et des fonctions auxquels elles accèdent sans que l’appellation correspondant a leur activité et a leur rôle réponde pleinement a cette situation nouvelle. Il en résulte une attente de la part d’un nombre croissant de femmes, qui souhaitent voir nommer au féminin la profession ou la charge qu’elles exercent, et qui aspirent a voir combler ce qu’elles ressentent comme une lacune de la langue.

ANNA :

10 avril 2019,
Bondy, je récupère ma voiture au contrôle technique.
« Je viens chercher la golf, elle est grise ».
Un mec me déroule toutes les choses qu’il a vérifiées.
Triangles ? Je fais semblant de comprendre.
Je pense aux triangles oranges qu’on place lors d’accidents de la route mais je me dis que cela n’a rien à voir.
Je patiente.
La procédure est inconnue pour moi. Ce n’est pas moi qui m’en occupe d’habitude. J’ai 30 ans.
Il poursuit « si vous êtes amené à vendre votre voiture, mon collègue est vachement intéressé ! ».
Je réponds : « On y a pensé un moment, mais c’est une bonne voiture, on pense la garder, du coup c’est la mienne maintenant».
Il dit « il vous faudrait plutôt une twingo, une plus petite voiture quoi. La golf c’est pour les mecs ».
Je réponds. Fièrement.
« Je ne savais pas que les voitures avaient un sexe ! ».
Il sourit.
Je gâche tout. Je m’oblige bêtement à poursuivre...
« C’est sûre qu’une plus petite voiture serait idéale pour effectuer mes créneaux ».

OPHÉLIE :

Wendy Delorme, Quatrième Génération, 2007
Le deuxième sexe à l’ère hyperpostmoderne
L’identité Fem, c’est un truc sur lequel le féminisme de troisième génération a beaucoup planché. La première génération a dit on n’est pas des femmes, on le devient, la deuxième génération a dit les lesbiennes ne sont pas des femmes, et la troisième génération a dit les fems aussi sont des lesbiennes. Pour faire simple, une fem (prononcer « faime ») c’est une gouine qui n’a rien contre les jupes, les talons hauts, le vernis à ongles et le maquillage. Voire éventuellement en surajoute. J’ai ça en commun avec les travestis et les drag-queen de savoir qu’être une femme ça relève de la performance de théâtre au final, qu’on soit sur les planches d’un cabaret transformiste ou bien dans une salle de réunion à la Défense. Je sais que le matin (ou le soir) dans ma salle de bains je me fabrique, je me transforme en femme, parce que ce n’est pas une question de biologie être une femme, c’est en partie du déguisement, et surtout de la conviction d’en être une.
p.23-24

AUDREY :

Ma meilleure amie sort avec une fille. Dégoût, horreur, honte ! Le principal les convoque et leur explique d’un air très docte qu’elles vont beaucoup souffrir, parce que passion égale souffrance, et c’est pas
lui qui l’a dit, c’est le latin classique (bizarrement, cette étymologie ne fonctionne pas pour les couples hétéros...) ; qu’elles se trompent en pensant s’aimer (« ce n’est qu’une passade, vous verrez ! »), que tout ça c’est pour leur bien.

Je réfléchis longuement : c’est perdre mon amie ou la soutenir. Je la soutiens, mais je perds mes oeillères : moi aussi j’ai aimé une fille je crois, moi aussi je vais brûler sur le grand bûcher de l’Enfer dont parle ma grand-mère.
L’idée fait son chemin au milieu des préjugés homophobes dont on m’abreuve sans cesse. Un an plus tard, je saute le pas. Je commets l’amour avec une meuf.
D’un baiser tout simple, tout con, je commets la transgression de l’évangile hétérosexuel et l’évasion de la forteresse patriarcale qui protège le credo sacré. J’égratigne le front trop bas d’un monde symbolique étriqué, qui me rejette comme je suis. Accepter ma bisexualité, c’était reconnaître que je ne serai jamais conforme aux stéréotypes féminins. Propulsée en-dehors du carcan bien défini de la Fâme, il ne me reste plus, alors, et toujours, qu’à creuser des tunnels dans ces blocs de granit dogmatiques, tracer mon propre chemin au sein de cet oppressant imaginaire collectif, pour construire mon identité de genre.

EUGÉNIE :

JE POURRAIS FAIRE MIEUX MAIS JE FAIS ÇA Eugénie Zély
Il y a trois problèmes dans cette forme. La nomination comme problème, de fait. Je nomme les bébés, les chats, les chiens etcetera et ça n’est pas une évidence. Il y le problème du nom dans la fiction en général et le problème du nom dans le système que j’élabore.
Je vois : un cercle divisé en plusieurs parties. Ce cercle a été un visage ou une tête. Ce n’est pas exactement la même chose. Le visage dit quelque chose de plus, mais je sais que c’était bien plus une tête qu’une visage. La tête comme cercle divisé en plusieurs partie c’est presque une cible. Quoiqu’il
en soit, ça, cette forme, est la solution du problème. Enfin, ce qui devrait se poser comme une solution. Dessiner ça (tout en énonçant les différents noms des personnages1) c’est penser à je qui n’est jamais qu’elle-même2. Comment dire.
Quand je raconte une histoire à quelqu’un qui ne connait aucun des protagonistes de l’histoire, je donne toujours les prénoms. Non que ça intéresse le destinataire, mais ça lui permet d’envisager que ce
sont des individus différents. Dans le texte, je change les noms selon le destinataire. Qu’est ce que ça change ? Tout et rien. Ça n’est pas une réponse mais c’est quand même ce dont il s’agit
34 : comment montrer que nommer change tout, en même temps que ce n’est pas si important .
On peut mal nommer quelqu’un.e. Pourquoi ? Quand Gilles est Mrs Dalloway qu’est ce que ça change
? Ne pas voir son visage sur instagram (un coeur à la place) relève d’une préservation de l’intimité. C’est clair que non. Ça n’est pas, ce qui est important.
Je n’arrive pas à prénommer les chats qui vivent avec nous. L’artificialité de la nomination par un ensemble de syllabes collées arbitrairement : Loocyana, ou par l’Histoire : Marianne, pour former ce qu’on appelle un prénom, me saute au visage et m’empêche de croire à l’histoire commune et immédiate entre le prénom et l’individu humain ou non-humain qui le porte. Je ne peux pas imaginer comment
les parents humains nomment leurs enfants. Quel sentiment d’étrangeté doit les habiter les premières semaines

1 Il faudrait revenir sur les personnages. Tantôt des personnages, tantôt des personnes.
2 Parce qu’elle passe du personnage à la personne seulement en arrêtant de raconter, de parler.
3 Au début, pas plus important que miel ou confiture, mais à la fin quand il ne reste presque plus de miel et qu’il faut en racheter (c’est vraiment agaçant parce que c’est assez loin) et qu’au contraire il commence à se former des pourritures à la surface de la confiture, les conséquences du choix se sont étendues.
4 Les agacements tiennent à une manipulation différentes, selon les individus, des objets matériels.

Définitivement, il y a dans cette façon que nous avons de nous nommer, l’espoir d’un apparentement. Je ne peux pas croire à une histoire qui présiderait à la nomination, car cette histoire n’a pas encore eu lieu au moment où je nomme. Cependant, nommer un membre d’une espèce compagne, c’est le faire entrer dans le champ des individus auxquels on va penser, dont on va se souvenir, avec lesquels une vie va être vécue, quelque soit cette vie et l’allure des relations qui se développeront. Ça commence sur l’espoir d’une histoire commune. Cela dit, ça commence aussi sur le pouvoir que quelqu’un s’octroie de nommer une autre qui ne pourra jamais — ou trop tard — nommer à son tour (les bébés, les chiennes, les chattes etctera). Mes chats portent des surnoms parce que mon espoir est trop faible. Je manque de foi. Ces surnoms ont l’avantage de changer en fonction de l’état de nos rapports dans et hors de la maison.

Je me sens compromise.
Storytelling en français, comme star d’ailleurs, n’a pas de double emploi. Ils ont été absorbé dans leur sens médiatique et on perdu leur polysémie originelle. Une star en français est une célébrité, c’est tout. Une star en anglais est une étoile. Une étoile est une célébrité en français et une étoile dans le ciel. Le storytelling en français : c’est la narration produite par un ensemble formel diffusé publiquement autour d’une personne, d’un produit, d’une manière de vivre. Le storytelling en anglais a ce sens et le sens de narration. Ce sont des évidences.
Je figure le storytelling et la star.
Je n’ai pas précisé, mais ça me semble évident au point où nous en sommes, que la star est une Drama-Queen. Une Drama-Queen n’est pas une capricieuse. C’est quelqu’une qui s’ennuie. Ça demande de l’énergie d’avoir des désirs. Je ne sais plus qui m’a dit, l’ennui c’est l’obstacle à ces désirs- là. Ne rien désirer : c’est l’ennui, désirer encore : c’est l’enjeu. Ça met en colère la Drama- Queen, ça la bouleverse aussi.
Je pense à la figuration, à moi faisant de la figuration pour cette histoire d’ennui et de désir et de colère. Et au moment où je me figure être quelqu’une, particulière, je réalise qu’aucun de mes gestes n’est performatif.
Je suis insuffisante.
Mes gestes, mes paroles, ne produisent aucun changement dans l’espace social. Pire, je suis dans l’incapacité de penser ce geste spécifique qui me propulserait hors de la figuration. Je m’imaginais la figuration comme étant une littéralité parmi les représentations mais figurer est : donner d’un élément une représentation qui en rende perceptible l’aspect ou la nature caractéristique, c’est l’objet concret qui constitue la représentation d’un élément par effet d’analogie de nature ou de valeur et ressembler n’est pas un état littéral.
Les objets forment la base inconsciente de notre vie psychique.
Comment faire 3 avec 4 ? D’un côté, j’ai les dents, les oreilles, les yeux qui forment le visage. J’ai les prénoms des chien.nes, des chat.tes, des humains, qui forment la nomination. J’ai la star, la vieille
fille, la sorcière, la moyenne qui forment la figuration. J’ai Claude François et dépenser de argent et les promenades dans les supermarchés. De l’autre, j’ai : la thune, l’amertume, la fortune. La thune va avec le visage et la figuration, l’amertume c’est moyen, la fortune c’est une chance et une richesse et elle s’apparente à la nomination et à la figuration. Ce qui donne que nommer un
5 visage c’est passé de la thune à la fortune (comme problématique) .
Alors, il faut dire que c’est très désagréable de dire nous.
C’est très désagréable de dire nous, parce que nous nie à peu près toutes les particularités qu’il
veut rassembler, pour lesquels même : il lutte. Le problème du nous est le problème du nom.

5 Quelqu’un d’autre que moi va payer pour cette journée là.

ANNA :

25 octobre 2019
Le 25 octobre 2019 je donnerai naissance à un enfant. Chamboulement. Et introspection. Car on ne dit pas vraiment ce que ça signifie d’attendre un enfant. Impression que les femmes se taisent. Qu’on ne partage pas assez nos expériences de femmes. On ne dit pas ce qui nous attend justement. Non mixité essentielle pour partager et pour se connaitre en tant que femme. Cette liberté n’est pas totale. Dévoiler

ses craintes, ses peurs, ses doutes, ses victoires, ses combats, son histoire, son parcours pour se retrouver dans d’autres craintes, peurs, doutes, victoires, combats, histoires et parcours. Ces autres, ces femmes.
Du coup tu connais déjà le sexe ?

LOUISE :

Notre pays traverse a cet égard depuis une dizaine d’années une période de transition, marquée par une évolution sociale qui se déroule sous nos yeux et par de multiples tentatives de modification des usages qui restent hésitantes et incertaines, sans qu’une tendance générale se dégage et que des règles, même implicites, parviennent a s’imposer.

AUDREY :

Être femme et prendre la parole. Pas simple. Les mots buttent au bout des doigts, un coin du ventre tressaille à chaque mouvement des lèvres. Délier la langue, ouvrir la voix les reins les poumons le sexe pour avouer l’être.
Mais la bouche est muselée, brisées les côtes, cassées, le sexe meurtri.

Témoigner. Dire ces violences, comment ce sont elles, les premières, qui m’ont renvoyée à ce statut de meuf. Miroir en pleine gueule, c’est comme ça que les autres te voient. Te traitent.
D’abord les violences lancinantes et quotidiennes, plus insidieuses, pas explicites :
la langue maternelle, qui découpe dans le matériau du réel le visible et le dicible. Je ne parle pas du temps jadis où l’on pouvait dire philosophesse, mairesse, capitainesse, peintresse, médecine. Dans cette époque reculée, la langue légitimait encore leur existence dans ces professions intellectuelles, de pouvoir. Puis, c’est la terrible hécatombe : des mots ont été portés disparus, d’autres tout bonnement assassinés en place publique en raison de leur genre, et lorsque l’évangile Grammaire de l’immortelle Académie française est né, le masculin avait sans partage éliminé le féminin des règles d’accord. Invisibles les femmes désormais, silenciées. Comment accorder un statut enfin égal aux femmes, si la langue - notre outil de communication quotidien, leur nie toujours cette place ?

La bouche est muselée.
T’ôter toute capacité d’agir. Agressions, viols, féminicides. L’horreur de ces mots. Encore plus forte et ancrée, l’horreur de leur réalité qui vit dans nos peaux en rongeant des tunnels comme la gale. Ce sont des violences plus ponctuelles (parfois non), plus trash, de celles qui t’écorchent vive, te saccagent. (On te viole = on te nie, toi, tes sourires, tes limites. Règne du silence et de la honte. Culpabilité.)
Un jour, tu avoues. Ce jour-là, tu découvres sûrement que c’est tristement courant. Les yeux se répondent, toutes ces meufs insoupçonnées sont si fortes : elles ont survécu. Tu comprends que l’horreur est silence et banalité, que le danger prend le plus souvent le visage de l’un.e de tes proches, plus rarement le masque de l’inconnu.e, et que ta confiance au monde sera à tout jamais encombrée et problématique.
Brisées les côtes, cassées. Le sexe meurtri.
De ce frottement quotidien entre l’être et les violences surgit la déchirure. Être femmes, lacérées par la société, cachant le jour dans les plis de nos visages les sillons sanglants de notre contiguïté au monde. Transformer la folie en colère, lorsque le « tu » devient « vous ». Se libérer ensemble, avec vous mes sœurs, lutter et se soutenir. Liées par la nécessité de guérir, se guérir, soi, le monde, le monde et nous.

LOUISE :

Si la féminisation des noms de fonctions, de titres et de grades fait apparaître des contraintes internes à la langue française qu’il n’est pas possible d’ignorer, il n’existe aucun obstacle de principe à la

féminisation des noms de métiers et de professions. Celle- ci relève d’une évolution naturelle de
la langue, constamment observée depuis le Moyen Age (on trouve par exemple au Moyen Age «inventeure», «chirurgienne», «commandante» – ou, plus souvent, des substantifs féminisés par l’intermédiaire du suffixe « -esse », comme dans « venderesse », « mairesse », « chanteresse » ou « devineresse »). Ce phénomène s’est amplifié au XIXe siècle, avec l’avènement de l’age industriel ; il s’est accéléré depuis le début du XXe siècle, ou les progrès de l’instruction mais aussi les nécessités sociales liées au premier conflit mondial ont amené les femmes a exercer des activités jusqu’alors réservées aux hommes. Et la tendance à la féminisation s’est accentuée dans une proportion importante au cours de la dernière décennie, comme le révèle la consultation des bases de données auxquelles la commission a eu accès. Que l’usage n’ait pas encore intégré ces évolutions révèle incontestablement un décalage entre la langue et les mœurs.

ANNA :

Mardi 16 avril 2019
Le 16 avril 2019, premier rendez-vous sage-femme. Le rendez-vous dure longtemps. Je ne suis pas un numéro. On prend le temps. On prend trop de temps. On me pose beaucoup de questions

• Quelle est la taille de votre conjoint ?
• Avez-vous des origines bretonnes ?
• Quels sont vos antécédents familiaux ?
• Des cancers dans la famille?
• Du diabète ?
• De l’hypertension ?
• Avez-vous reçu les résultats des tests trisomiques ?
• Fumez-vous ? Depuis combien de temps avez-vous arrêté de fumer ? • Avez-vous déjà consommé des drogues ?
• Avez-vous un suivi psy ?

Vertige, Vulnérabilité, intrusion.
Ne jamais parlé de ça et d’un coup se sentir à découvert. A nu.

LOUISE :

Une véritable difficulté apparait avec la forme féminine du mot « chef » : le cas mérite qu’on s’y arrête, ce mot étant employé dans de nombreuses locutions, telles que « chef de chantier », « chef d’équipe », « chef de rayon », « chef de gare », « chef de rang », « chef de bureau », « chef de cabinet », « chef d’orchestre ». L’étude du mot « chef » conduit a un constat : la langue française a tendance à féminiser faiblement ou pas les noms des métiers (la remarque peut être étendue aux noms de fonctions) placés au sommet de l’échelle sociale. L’usage fait une différence entre les métiers les plus courants et les degrés supérieurs de la hiérarchie professionnelle, qui offrent une certaine résistance à la féminisation. Cette résistance augmente indéniablement au fur et a mesure que l’on s’élève dans cette hiérarchie.

AUDREY :

Aujourd’hui, je suis devenue femme.
Qu’on ne s’y trompe pas, jamais de la vie je ne me suis sentie à l’aise avec ce mandat social, mais c’est désormais une identité que je veux bien porter. En même temps, qui rêverait d’un statut de dominée

stéréotypé qui maintient en position de faiblesse ? On ne va pas se mentir, ça ne fait mouiller personne. Je la tolère sur le plan politique tant que je laisse les élèves m’appeler
« Monsieur », que je n’épile plus les poils sur mes jambes et ma chatte, ne mets pas de maquillage,
ou juste un peu de noir sur les yeux et, surtout, surtout !, que je ne porte des robes que lorsque j’en ai envie.

C’est tous les jours carnaval ! Qu’on voit en moi une tchoin ou un bonhomme, je le vis comme une forme de travestissement : je performe un genre, un habitus social. Je joue sur les codes pour sortir
de l’impasse, ouvrir les portes d’une prison symbolique – cet imaginaire collectif qui définit avec tant d’aplomb ce que doit être une femme, ce que doit être un homme. Chimères imagées qui s’érigent en repères culturels si intégrés qu’on insulte, tape, viole, tue malgré tout, encore et même plus pour elles. C’est ce puits de violences liées au genre, quotidiennes et lancinantes ou plus spasmodiques et terrifiantes, qui m’a construite. Ce sont elles, ces violences, la matrice qui m’a poussée à porter et revendiquer le statut de meuf sur le plan politique, alors même que, sur le plan psychologique, je ne me reconnais toujours pas dans le diktat social de la binarité hommes/femmes. Ce sont elles également qui ont forgé la révoltée, le besoin de lutter qui tambourine, celui de s’organiser dans un milieu qui t’accepte, de donner âme et corps pour faire bouger les lignes. Ces luttes qui soignent, qui rendent plus fort.e.s, sont ma manière de supporter le monde.

Casey le dit bien : « Il suffit de peu de choses pour construire un.e enragé.e. Il suffit de peu de choses pour construire un.e engagé.e. Quelques humiliations et quelques injures suffisent... »

LOUISE :

Longtemps, les formes féminines correspondant a certaines fonctions exercées exclusivement par
les hommes ont marqué la reconnaissance du statut social accordé aux femmes en tant qu’épouses. L’accès des femmes à ces fonctions a largement contribué à lever l’ambiguïté – il convient d’observer que la langue s’en accommode par ailleurs aisément : ainsi les mots « reine » ou « impératrice » désignent tantôt l’épouse d’un souverain régnant, tantôt celle qui détient par elle-même le pouvoir royal ou impérial. Cet usage de la « conjugalité », qui rapporte la dénomination féminine à l’épouse du titulaire d’une fonction, d’un mandat ou d’une charge, est tombé en désuétude.

Extraits de
« La féminisation des noms de métiers et des fonctions ». Document de l’Académie Française datant du 28 février 2019.

Rappelons que l’Académie Française a été fondée en 1635 et que pendant plus de 300 ans, la plupart des académiciens se sont opposés à l’entrée des femmes malgré plusieurs candidatures.
Ce n’est qu’en 1980, il y a 40 ans seulement, que la première femme : Marguerite Yourcenar y a été admise, grâce au militantisme de Jean d’Ormesson et sous la pression de l’opinion. Depuis, 9 femmes ont été élues académiciennes, 5 y siègent actuellement.

ANNA :

Jeudi 9 mai 2019
Jeudi 9 mai 2019, une réunion d’accueil à la maternité. Il est 18h10, il fallait arriver à 18h. La réunion a déjà commencé. Je comprends assez vite qu’un tour de table est lancé. C’est étrange. Des ventres plus ou moins gros, des femmes accompagnées ou non, des femmes se justifiant d’être seule, des conjoints étant plus ou moins à l’aise.
Je suis frappée par la facilité qu’ont ces femmes à parler de soi, à parler de leur grossesse.
Etre un individu et donner naissance à un autre individu c’est chelou. Ça on ne le dit pas à cette réunion. Des femmes se touchent le ventre, elles doivent sentir leur bébé.

J’ai l’impression de jouer la femme enceinte. Je ne pensais pas dire ça un jour. Je pensais que ça serait naturel.
Munie dans la vie de choix limpides. Des certitudes, comme quand on était petite.
Quand j’étais petite, je m’étais toujours dit que je ne demanderai jamais le sexe du bébé. J’attendrai comme mes parents le jour J pour avoir l’effet d’une surprise.

Cette certitude disparait. Pour des tas de raisons.
Idem pour le prénom. Pas besoin d’un livre des prénoms, tu sais comment tu veux appeler ton enfant au fond de toi. Sauf que là, tu joues plus « au papa et à la maman ».
C’est pour de vrai.
Disparation, il n’y a plus de prénom.
Sauf pour mon chat. J’ai attendu 30 ans avant d’avoir un chat, pour l’appeler Berlioz. Au final, ce qui me vient naturellement c’est « mon cœur ». Enfin quand je suis toute seule.
Je ne pensais pas qu’on pouvait autant aimer un chat.

OPHÉLIE :

Anggun ft. Diams, Juste être une femme, 2005
Etre une femme, une femme Anggun, Diam’s
Etre une femme
Laisse mes talons aiguilles Faire de moi une fille Sans me regarder Comme un objet Sur le vent qui joue

Dévoile mes genoux
Mais jamais question d’attirer sur moi l’attention
Sur les voies de mes longs cheveux (oh) Derrière la couleur de mes yeux (oh) Il y’a juste quelqu’un qui veut
Être une femme, une femme
Et sur le dessin de ma bouche (oh) Tu as cette peau que tu touches (oh) Il y’a juste quelqu’un qui peut Être une femme, une femme
Être une femme, une femme
Laisse mes envies de soie En dehors de toi
Mes jambes se croiser Mon corps bouger
Mes sourires glamour
Mon parfum du jour
N’ont pas l’intention d’attirer sur moi l’attention
Sur les voies de mes longs cheveux (oh) Derrière la couleur de mes yeux (oh) Il y’a juste quelqu’un qui veut
Être une femme, une femme
Et sur le dessin de ma bouche (oh) Tu as cette peau que tu touches (oh) Il y’a juste quelqu’un qui peut Être une femme, une femme

Sur les voies de mes longs cheveux Ah quelqu’un qui veut
Être une femme une femme
Sur cette peau que tu touches Quelqu’un qui peut être une femme Quelqu’un qui peut être une femme Qui peut être une femme
Laisse-moi dévoiler mes charmes et jouer de mes formes Laisse-moi être femme laisse-moi être forte Laisse-moi mettre du gloss à mes lèvres
Laisse-moi être au top avoir l’impression d’être belle, gars Je suis femme mais je ne suis pas une proie Ce noir sous mes yeux c’est pas c’que tu crois, non
Si je fais ça c’est pas toujours pour te plaire, babe
peut-être juste pour que tu aies peur de me perdre
J’suis d’ces femmes qui assurent, femmes qui assument, femmes qui ont su s’affirmer Faut toujours

qu’on me rassure, j’ai des doutes bien sûr mais je ne cherche pas à t’attirer Féminine, parfois si féline vas pas lire entre les lignes il n’y a rien d’insensé non
Y’a juste un signe un désir d’être fille un désir d’être libre sans arrières pensées

Sur les voies de mes longs cheveux (oh) Derrière la couleur de mes yeux (oh) Il y’a juste quelqu’un qui veut
Être une femme, une femme
Et sur le dessin de ma bouche (oh) Tu as cette peau que tu touches (oh) Il y’a juste quelqu’un qui peut Être une femme, une femme

Sur les voies de mes longs cheveux (oh) Derrière la couleur de mes yeux (oh) Il y’a juste quelqu’un qui veut
Être une femme, une femme
Et sur le dessin de ma bouche (oh) Tu as cette peau que tu touches (oh) Il y’a juste quelqu’un qui peut Être une femme, une femme

Sur les voies de mes longs cheveux (oh) Derrière la couleur de mes yeux (oh) Il y’a juste quelqu’un qui veut
Être une femme, une femme
Et sur le dessin de ma bouche (oh) Tu as cette peau que tu touches (oh) Il y’a juste quelqu’un qui peut Être une femme, une femme

Une femme